Fipronil : profil médiatique du scandale de l’été !

01 Jan 1970 1:00 am

Fipronil : profil médiatique du scandale de l'été

Cet article a été rédigé par Estelle GAND - analyste chez LexisNexis BIS France. Les résultats sont basées sur des analyses obtenues grâce à LexisNexis Newsdesk, la solution de veille médiatique à 360°de LexisNexis BIS.

Effervescence médiatique au cœur de l'été : alors que beaucoup de Français étaient essentiellement préoccupés par la météo de leur lieu de vacances, ils apprenaient soudain que des sous-traitants indélicats avaient utilisé dans des élevages de poules un insecticide interdit dans la chaîne alimentaire… Alors même que le risque sanitaire était faible, le scandale du Fipronil était né, avec tous les éléments anxiogènes possibles :

  • un produit basique, très consommé sous sa forme transformée (omniprésent dans les rayons des supermarchés) et sous sa forme brute ;
  • des chiffres qui donnent le tournis (250.000 œufs contaminés au fipronil ont été "mis sur le marché" en France depuis avril) ;
  • une dimension européenne ;
  • la traçabilité des aliments remise en question ;
  • des œufs bio également contaminés (Leader Price) ;
  • des autorités sanitaires accusées de jouer le jeu de l'industrie agroalimentaire par les ONG ;
  • une molécule chimique au nom peu rassurant et qualifiée d'emblée de toxique

Mais décryptons un peu tout cela…

Une trainée de poudre européenne

Fipronil

L'Allemagne est le pays européen ayant importé le plus d'œufs contaminés, soit au moins 28 millions. La presse se fait donc largement l'écho des inquiétudes des consommateurs, les allemands étant par ailleurs de gros consommateurs d'œufs. Le supermarché Aldi a purement et simplement retiré tous les œufs de ses rayons tandis que d'autres hard discounters se sont limités au retrait de tous les œufs d'origine hollandaise.


Italie : le scandale a pris une nouvelle ampleur lorsque plusieurs milliers œufs contaminés au Fipronil produits dans des élevages italiens ont été saisis.


Pays Bas : le scandale a éclaté le 1er août lorsque les autorités sanitaires ont ordonné le rappel d'œufs contaminés dans les supermarchés et conseillé aux consommateurs de jeter les œufs en leur possession. Le pays pourrait avoir à faire face à une action en justice d'autres pays européens (15 pays sont concernés) et notamment de la Belgique qui accuse la Haye d'avoir eu connaissance de la contamination des œufs au Fipronil dès novembre 2016. Le coût de la crise avoisinerait d'ores et déjà 33 millions d'euros.


Le Royaume Uni a pour sa part procédé au rappel de 700 000 œufs potentiellement contaminés. Dans ce contexte la presse rappelle que 85% des œufs consommés dans le pays y sont produits et que l'insecticide n'a été détecté dans aucun élevage britannique. Les médias soulignent par ailleurs la lenteur des autorités européennes à prendre des mesures.

En France : 

  • Les autorités tardent à jouer le jeu de la transparence
    Le 17 août, près de 18 jours après le début du « scandale », le ministère de l'Agriculture publiait un premier listing de produits commercialisés en France et dont le niveau de Fipronil dépasse la "Limite maximale de résidus"(LMR). Evolutive, cette liste sera complétée au fur et à mesure des confirmations de la présence de Fipronil dans des produits au-dessus de la limite autorisée. Les marques ne sont donc peut-être pas au bout de leurs surprises… d'autant qu'un bilan des contrôles officiels réalisés actuellement par les services de l'état sur les établissements de la filière des ovo produits est attendu.
  • Des conséquences contrastées pour la réputation des marques
    Nous avons comparé la couverture médiatique des marques citées dans la dernière liste en date du ministère de l'agriculture (24/08/2017).
  • Fipronil
  • Si la plupart des distributeurs sont cités conjointement dans les articles couvrant la publication de la liste du ministère de l'agriculture, Leader Price, Carrefour et Leclerc « bénéficient » d'un surcroît d'exposition médiatique qui a de quoi laisser songeur quant aux pratiques de l'industrie agroalimentaire et des distributeurs :
    • Leader Price : l'enseigne a mis en vente 48 000 œufs contaminés, en provenance des Pays-Bas entre le 19 et le 28 juillet. Ces œufs vendus en boîte étaient étiquetés bio… On apprendra que l'antiparasitaire auquel le Fipronil a été ajouté frauduleusement est un produit naturel à base de plantes interdit en France mais utilisé en agriculture biologique et conventionnelle aux Pays-Bas.
    • Carrefour : des œufs Carrefour bio ont été rappelés par un discounter alimentaire installé en France ayant acheté un lot d'œufs destiné au marché belge... Carrefour France parle de « dysfonctionnement ». Carrefour est également cité dans les médias belges francophones informant les consommateurs sur les retraits pratiqués en Belgique.
    • Leclerc : La polémique qui a opposé le patron des Centres Leclerc et le PDG de Nestlé France sur les responsabilités de la crise des œufs au Fipronil a fait les gros titres. Alors que le premier pointe la défaillance des industriels à « tracer correctement et facilement leurs approvisionnements », le second ironise que M-E Leclerc cherche à «détourner les soupçons vers l'ensemble de l'industrie agro-alimentaire» pour relativiser les problèmes propres à ses marques Repère ou Eco +. Une passe d'arme qui ne laisse pas les internautes indifférents même si certains parlent de « Bataille entre la peste et le choléra »…


Plus globalement, les grands distributeurs tirent malgré tout leur épingle du jeu. Certains ont en effet été proactifs et ont pris l'initiative de retirer certains produits de leurs rayons sans attendre la tardive liste du ministère de l'Agriculture. Pour certaines marques de produits citées dans la liste cependant, cette soudaine mise au pilori est vécue comme une injustice. Le PDG de l'entreprise alsacienne Grand-Mère, qui a pourtant retiré les lots contaminés des rayons dès qu'elle a été informée, se dit ainsi pris en otage.

Nous ne sommes probablement pas à la fin de l'histoire : des muffins Leader Price se sont ajoutés aux gaufres dans la liste des produits retirés des rayons et on parle maintenant d'un autre insecticide, l'amitraze, dont l'utilisation dans les élevages de volailles pose question… Le feuilleton sera-t-il aussi riche en rebondissements que celui des lasagnes à la viande de cheval ? Au lendemain de cette affaire les ventes de plats préparés à base de bœuf avaient plongé de 45 %....