Pharmacovigilance et Social Media Monitoring

#SocialMediaMonitoring #Pharmacovigilance

Le 3 janvier dernier, Marisol Touraine annonçait la suspension de la commercialisation de l'Uvestérol D suite au décès d'un nourrisson âgé de 10 jours, mettant à nouveau sous les feux des projecteurs la pharmacovigilance.

"Les conclusions des investigations disponibles à ce jour mettent en évidence un lien probable entre le décès et l'administration de l'Uvestérol D", annonçait le même jour dans un communiqué séparé l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), agence au cœur du dispositif de pharmacovigilance en France.

D'après Le Figaro, à l'origine de la médiatisation du décès, ayant immédiatement créé un buzz dans les médias et sur Twitter (voir notre infographie dans la #LaBoîteQuiBuzze de LinkedIn), 93 cas d'effets secondaires auraient été enregistrés entre 2006 et 2013. En mai 2011, la revue Prescrire, alertait même déjà les autorités de régulation et exhortait d'ailleurs l'Afssaps* à l'époque à prendre ses responsabilités vis-à-vis de ce médicament. 

Alors, sous-estimation des risques par l'ANSM, erreurs de communication… ? Les jours prochains nous le diront. Cet exemple, en tout cas, pose des questions sur notre système de pharmacovigilance et notamment sur l'efficacité du processus de détection des risques, d'information et de communication vers les patients.

Comment peut-il être amélioré ? Peut-il être sûr à 100 % ? Où se situe le patient dans ce processus ? Comment a évolué la pharmacovigilance ces dernières années avec l'accroissement des données disponibles, les changements de réglementations et l'émergence des réseaux sociaux, que ce soit en termes de détection et d'information ?

Un sujet au cœur de l'actualité, avec ce weekend encore la médiatisation d'un nouveau cas de pharmacovigilance avec le dispositif de contraception définitive, Essure

Au cœur du dispositif aujourd'hui (surveillance, recensement, analyse et communication) : organismes officiels et professionnels de la santé

Au sein de la pharmacovigilance, les professionnels de santé (médecins, laboratoires, pharmaciens…) et les agences, comme l'ANSM ou les CRPV en France, comme nous le précisons dans notre infographie, ont diverses missions, en particulier la surveillance, le recensement, l'analyse et la communication :

  • d'effets indésirables ;
  • des erreurs médicamenteuses ;
  • des interactions (suspicions) médicamenteuses ;
  • d'abus et de mésusage de médicaments ;
  • ou encore des manques d'efficacité.
Le processus d'information est défini et les objectifs sont clairs :

Mission de la Pharmacovigilance 

Pourtant, on estime aujourd'hui que seuls 5 % des effets secondaires concernant les médicaments et autres produits de santé sont rapportés aux autorités de Santé**. Les challenges auxquels est confrontée la pharmacovigilance sont en effet vastes et complexes (voir notre infographie) et parmi eux un défi majeur : celui d'impliquer plus fortement les patients dans le processus de pharmacovigilance.

Le patient au cœur du dispositif de pharmacovigilance ?

Depuis 2011 (décret n°2011-655 du 10 juin 2011) en France, les patients et associations agréées de patients peuvent, tout comme les professionnels de la santé, alerter les organisations officielles sur les effets indésirables. En 2015, selon

le rapport de l'ANSM, 47 089 cas d'effets indésirables ont ainsi été recueillis par les centres régionaux de pharmacovigilance ; 29 469 par les laboratoires pharmaceutiques et 2 338 ont été signalés par des patients, soit à peine 3 % des déclarations. Ces chiffres peuvent interroger. Alors qu'Internet et les réseaux sociaux ont fondamentalement changé notre façon de communiquer, le pourcentage de cas remonté par les patients reste non seulement constant depuis la promulgation du décret mais surtout très faible.

Effets indesirables pharmacovigilance

S'agit-il d'un manque de communication des professionnels, de moyens offerts aux patients ? La réponse est délicate, d'autant que les initiatives des organisations officielles et des professionnels se multiplient chaque jour. Des formulaires de déclaration en ligne sont disponibles sur les sites web des CRPV, des ARS ou encore sur ceux d'associations de patients ou via des applications mobiles dédiées.

Alors, pourquoi une proportion si faible ? Incompréhension et non prise en main des dispositifs d'alerte de la part des patients ? La réponse est plus probable au vu des chiffres, d'autant qu'en parallèle, les patient internautes se tournent de plus en plus vers le web et les réseaux sociaux pour partager leur expérience en matière de santé.

Statistiques Pharmacovigilance 

De la pertinence d'utiliser les médias sociaux et le Web pour la pharmacoviligance

La question-clé ici est donc de savoir si l'usage du web et des réseaux sociaux pour écouter, suivre, détecter des risques et informer, fait sens pour la pharmacovigilance ? En d'autres termes, le social media monitoring peut-il avoir un effet bénéfique et substantiel sur la pharmacovigilance ? Nous en sommes convaincus de notre côté, sans pour autant avoir la naïveté de croire que cela réglera tous les problèmes et garantira un système 100 % sécurisé. Quatre grandes raisons nous amènent à penser que c'est essentiel, que le social media monitoring deviendra un pilier de la pharmacovigilance.

La première, déjà évoquée plus haut, c'est que parler de santé, de médicaments s'inscrit aujourd'hui dans nos usages en tant que consommateurs/patients. Les pharmaciens, les médecins, plus globalement les « sachants », ne sont plus les seuls référents. Nous nous tournons de plus en plus vers les blogs, les forums, les communautés de patients ou encore les réseaux sociaux pour échanger sur ces aspects, et ce de manière très naturelle et transparente. Posts, photos, commentaires, tweets… affluent sur Internet sur des thèmes variés : diabète, cancer, allergies, dépression, douleur, sida, hépatites, vaccination… . Le volume et la qualité des informations disponible sont non seulement conséquents, mais par définition plus riches car provenant directement des patients et, de surcroît, en quasi-temps réel.

La deuxième raison, tout aussi évidente, c'est que ces réseaux sont aujourd'hui nos lieux de communication, voire dans certains pays, de consommation privilégiés. Les informations disponibles sont riches et variées, tout comme les opportunités d'achat. Pour placer le patient au cœur de la pharmacovigilance, il faut donc aller là il se trouve pour l'écouter, détecter les potentiels risques et, bien sûr, l'informer.

La troisième raison est légale. Les dispositifs ont fortement évolué ces dernières années. La profession est sous haute surveillance et est soumise à de nombreuses obligations en matière de vigilance. Les dispositions relatives au Web et aux réseaux sociaux se multiplient : certes pas de décrets, ni de lois, mais des directives émanant à la fois des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou encore de l'Union Européenne.

La dernière raison, enfin, est intrinsèque à ce que sont les réseaux sociaux : leurs fondamentaux (écouter, diffuser et engager) sont similaires à ceux de la pharmacovigilance et les bénéfices potentiels, prometteurs, parmi lesquels :

  • mieux éduquer les clients et professionnels de la santé ;
  • identifier et communiquer plus rapidement sur de potentiels risques ;
  • mieux connaître les bénéfices et les risques des produits ;
  • améliorer les stratégies d'évaluation des risques ;
  • améliorer les relations entre les sociétés pharmaceutiques, les laboratoires et les communautés de patients ;
  • optimiser la communication en cas de crise, de mauvaise information sur un produit ou de détection de risques potentiels.

Reste néanmoins la question épineuse de la collecte, de l'analyse et de l'exploitation de ces données.

Comment s'y prendre, quelles précautions et bonnes pratiques adopter ? Quelles méthodologies, technologies et savoir-faire sont requis ? Quelles sont les règles à suivre en matière de traitement données personnelles ? Comment concilier les informations collectées avec les sources « traditionnelles » ? Les questions sont nombreuses. Car les informations publiées par les patients sur les réseaux sociaux et le web en général sont volumineuses et, évidemment, pas structurées.  Les patients, très logiquement, s'expriment et partagent leur expérience dans le langage de tous les jours, parfois très éloigné de celui utilisé par la profession. Parfois même, ils détournent la vérité sciemment ou par méconnaissance. Comment, dans ce contexte, faire du Social Media Monitoring un vrai pilier de votre pharmacovigilance ? Si ce sujet vous intéresse, contactez-moi en MP ou inscrivez-vous à notre prochaine web-conférence.

Pour aller plus loin

S'inscrire à la Newsletter

Flux RSS

blog-rss-feed

Les articles les plus populaires