Pharmacovigilance : analyse du cas des perturbateurs endocriniens

Sommes-nous cernés par les perturbateurs endocriniens ?

Début octobre, les eurodéputés réunis en plénière ont voté contre la proposition de définition des perturbateurs endocriniens présentée par la Commission Européenne en juillet dernier. Ce veto des eurodéputés a confirmé les réticences de la Commission Environnement (ENVI) du parlement européen qui avait elle aussi rejeté la définition de la Commission quelques jours auparavant. Les Organisations Non Gouvernementales (ONG), qui depuis des mois dénonçaient une « charge de preuve bien trop importante » ne rendant la définition applicable qu’à une série très limitée de substances, ont crié victoire.

Principal point d’achoppement, dénoncé également par les scientifiques : les pesticides

Influencés par l’Allemagne (grosse productrice de ces derniers), les critères de la Commission excluaient en effet les substances spécialement conçues pour s’attaquer aux systèmes endocriniens des insectes, même si elles ont des conséquences importantes pour d’autres animaux, humains inclus…

De quoi donner des frissons aux consommateurs qui ont d’ailleurs signé massivement (plus de 320 000 signatures) la pétition lancée conjointement par la coalition EDC-Free Europe et la plateforme SumofUs. Sans compter que les publications d’études alarmantes pour le consommateur se succèdent depuis plusieurs mois :

  • l’ONG Réseau action pesticides (PAN Europe) a ainsi montré que 68 % des fruits consommés dans l’Union Européenne présentent des traces de pesticides et 34 % contiennent des résidus de 27 pesticides contenant des perturbateurs endocriniens potentiellement dangereux…
  • une étude de l'Inserm, publiée fin septembre dans la revue Environmental Health Perspectives met en évidence un lien entre une exposition à certains perturbateurs endocriniens pendant la grossesse et l’apparition de troubles du comportement chez les petits garçons de 3 à 5 ans…
La Commission européenne va donc devoir proposer un nouveau texte, plus protecteur

La réglementation européenne sur les perturbateurs endocriniens, qui piétine depuis 2013, se trouve donc de nouveau retardée, ce qui n’est pas sans risque pour les acteurs économiques…

  • risque que la lenteur du processus réglementaire ouvre la voie à des actions isolées :
    • La ville de Bordeaux a ainsi dû se plier aux exigences de parents d’élèves qui estimaient que les nouvelles assiettes en copolyester Tritan (estampillé sans bisphénol A) de la cantine mettaient en danger leurs enfants car contenant du phosphate de triphényle (TPP), un composant présentant une activité oestrogénique plus importante que celle du BPA…
    • Le gouvernement français a également créé une polémique en publiant dès juillet deux listes de biocides et produits phytosanitaires susceptibles de contenir des perturbateurs endocriniens sans attendre la publication des critères définitifs de la Commission Européenne.
  • risque que d’autres catégories de produits dans lesquelles les perturbateurs endocriniens (PE) ne sont pas encore réglementés se trouvent concernées.
Cosmétiques, jouets, emballages alimentaires remis en cause

Cosmétiques, jouets, emballages alimentaires, etc. sont régulièrement mis en cause pour leur teneur en perturbateurs endocriniens potentiels. Nous avons étudié dans quelle proportion ces produits et quelques autres sont associés au concept de perturbateur endocrinien.

Source LexisNexis Newsdesk - requêtes effectuées en anglais et en français depuis le 1er janvier 2017

Des conséquences sanitaires importantes

Les pesticides sont bien sûr dans la ligne de mire, actualité européenne oblige. Mais au-delà de la couverture des atermoiements de Bruxelles - et des promesses des candidats à l’élection présidentielle - bon nombre d’articles relaient une vraie inquiétude quant aux effets sanitaires de l’exposition aux pesticides, avec des thématiques telles que :

  • la puberté précoce
  • l’exposition accrue des populations habitant à proximité d’exploitations agricoles
  • le risque d’extinction de l’espèce humaine (baisse de la fécondité, du quotient intellectuel, …)
  • la défiance croissante envers le système agricole et agro-alimentaire conventionnel
  • la toxicité du pesticide glyphosate, accusé par certains d’être un perturbateur endocrinien

La thématique des perturbateurs endocriniens (PE) dans les pesticides est donc intimement liée à celle des PE dans l’alimentation. On notera en outre la part non négligeable des contenants alimentaires dans l’exposition à ces substances. Si le bisphénol A est désormais interdit dans les plastiques entrant en contact avec la nourriture, il a été remplacé par d’autres adjuvants pour lesquels les toxicologues manquent encore de données…

Source LexisNexis Newsdesk - requêtes effectuées en anglais et en français depuis le 1er janvier 2017

Alors que la hausse de visibilité des perturbateurs endocriniens est significative sur le deuxième semestre 2017, on notera en outre que les cosmétiques sont presque autant cités que l’alimentation dans les articles évoquant les perturbateurs endocriniens, avec trois inquiétudes majeures :

  • l’exposition prénatale due à l’usage par la mère de cosmétiques contenant des PE (cf l’étude de l'Inserm). Certains articles relayant cette publication ont plus particulièrement insisté sur l’exposition via les cosmétiques et souligné que le triclosan faisait partie des substances suivies par l’étude. Utilisé dans les produits de beauté et d’hygiène, comme les déodorants, les bains de bouche, les dentifrices, ou encore les gels douche, cet ingrédient est critiqué depuis de nombreuses années.
  • l’exposition orale par le biais des bâtons à lèvres. Dans son numéro d’octobre, le magazine Que Choisir a épinglé 10 marques de sticks labiaux dont la composition dissimulerait, entre autres, des perturbateurs endocriniens, en l’occurrence le BHT (hydroxytoluène butylé ou E321).
  • l’effet cocktail, lorsque l’effet perturbateur endocrinien est potentialisé par les différentes substances présentes

Le sujet des perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques est par ailleurs assez explosif. Les listes de type « 'Dirty Dozen' cosmetic chemicals to avoid» ou « 10 Toxic Beauty Ingredients to Avoid » sont relayées sur le web depuis plusieurs années et nombre de consommatrices sont maintenant persuadées que les parabènes, les phtalates et autres filtres solaires sont toxiques et/ou perturbateurs endocriniens. Le thème est vendeur et les raccourcis faciles… Ainsi, dans les articles de ces dernières semaines, les journalistes ne précisent pas toujours que les avis divergent sur le fait que le BHT soit un perturbateur endocrinien … ou encore que l’étude de l’INSERM a été menée entre 2003 et 2006, une époque où le Triclosan était plus utilisé qu’actuellement….

Les résidus de médicaments : un risque environnemental à ne pas négliger

Si la perturbation endocrinienne du fait de la prise de médicaments par le patient n’est pas sujette à controverse – il faut bien se soigner – l’exposition de la population et de la faune aux résidus de médicaments (par exemple de pilule contraceptive ou d’antidépresseurs) rejetés dans les cours d’eau est de plus en plus couverte par la presse, notamment anglophone. La publication d’études sur l’impact sur la biodiversité des médicaments, pesticides et autres perturbateurs endocriniens s’intensifie également, le challenge étant

  • de pouvoir identifier de façon fiable le caractère perturbateur des micro polluants tels que les résidus de médicaments, les pesticides, etc.
  • de pouvoir dépolluer l’eau contaminée par lesdits résidus…

Pour ce qui est de la présence de perturbateurs endocriniens dans les jouets, il se pourrait bien que la thématique fasse les gros titres à l’approche de Noël…


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