Interview exclusif Emmanuel Lulin L'Oréal

Exclusif : interview de Emmanuel Lulin – L'Oréal, Senior Vice-President and Chief Ethics Officer      

LexisNexis BIS a rencontré Emmanuel Lulin, Senior Vice-President et Chief Ethics Officer chez l'Oréal, lors de la conférence One Young World à Bogota en Colombie ce mois-ci. Dans cet entretien sans détour, Monsieur Lulin nous indique pourquoi les entreprises doivent impérativement adopter des politiques et procédures éthiques.

Depuis sa création en 2009, le One Young World Summit rassemble des milliers de jeunes talents et des personnalités mondiales reconnues. Il se positionne comme un forum de débat et de partage d'idées autour de sujets importants comme la corruption et les droits de l'Homme. Cette année les débats se sont particulièrement centrés sur la lutte contre la corruption.

Nous avons rencontré Monsieur Lulin et deux de ses collègues au quatrième étage du nouveau palais des congrès de Bogota. D'où nous étions assis, nous pouvions admirer les grands immeubles de Bogota et en arrière-plan, les collines orientales de la ville. Mais, cette contemplation s'arrête là, Monsieur Lulin a eu à cœur tout au long de notre entretien de partager avec nous les raisons pour lesquelles, il est convaincu que l'éthique est essentielle au succès des entreprises.

Deux éléments clés ont permis à Monsieur Lulin de forger cette conviction. Premièrement, les investisseurs, les actionnaires et les consommateurs ne se contentent plus de demander mais exigent des standards rigoureux en matière d'éthique. Deuxièmement, la défense des droits de l'Homme est devenue un sujet de société d'importance. Dans ce contexte, les entreprises devraient donc veiller à ce que leurs chaînes d'approvisionnement soient exemptes de violations des droits de l'homme et que leurs produits proviennent de sources éthiques.

LN : Que pensez-vous des normes éthiques des entreprises aujourd'hui ?

EL : « Les entreprises assument la responsabilité de l'impact de leurs activités sur la société et elles conviennent qu'elles ont un devoir ultime de transparence vis-à-vis du monde. Le temps où il suffisait de respecter la loi pour être à l'abri, le « safe harbour » comme aiment à le nommer les avocats, est définitivement révolu ».

LN : Jusqu'à quel point les entreprises devraient-elles pousser leurs efforts en matière de conformité ? Est-ce suffisant aujourd'hui de respecter les lois nationales et internationales sur la criminalité financière ?

EL : « Pendant longtemps, les entreprises ont pensé et on leur a conseillé de penser que respecter la loi était suffisant, mais rien n'est plus faux. Un programme d'éthique basé uniquement sur la conformité est un échec de l'esprit car vous demandez simplement aux gens d'obéir mais pas de comprendre. Vous devez faire confiance aux gens afin qu'ils adhèrent aux mêmes valeurs que vous ».

« Les gens vont toujours essayer de contourner la loi - c'est pourquoi je crois que véhiculer et faire adhérer à la bonne culture est clé. Car les choses peuvent être parfaitement légales tout en étant parfaitement horribles. En tant que leaders, vous devez énoncer vos valeurs éthiques avec transparence et les diffuser largement. Si vous ne parlez pas, vous serez pris. Les dirigeants non éthiques, les personnes immorales, les organisations non éthiques disparaissent maintenant beaucoup plus rapidement. "

LN : Pourquoi se contenter de se conformer à la loi n'est plus suffisant ?

EL : « Le problème est que la rapidité de l'innovation technique et scientifique est beaucoup plus rapide que la rapidité de production d'un cadre légal, il y a donc un vide. Ce vide nous le comblons par nos valeurs. La loi n'est plus le seul cadre pour la prise de décision - c'est beaucoup trop lent. Il vaut mieux que les entreprises se concentrent sur le côté positif de l'éthique que le côté négatif du droit - il est beaucoup plus positif de se concentrer sur une culture d'intégrité et de loyauté que sur les conflits d'intérêts. Il est plus positif et engageant de se concentrer sur la diversité que sur la discrimination. "

LN : Comment les entreprises devraient-elles mesurer leurs efforts en matière de conformité ?

EL : « Une nouvelle monnaie commence à faire référence, c'est la confiance. Si vous voulez mesurer le succès d'une organisation, il ne suffit plus de regarder ses résultats financiers, c'est tout simplement faux. Le système comptable actuel a un défaut notable, il ne tient pas suffisamment compte de la culture et de la valeur d'intégrité et d'éthique d'une organisation donnée. Cette culture d'intégrité est probablement un meilleur indicateur de la durabilité d'une organisation que n'importe quel autre critère ».

«Si nous étions un journal, nous nous inquiéterions beaucoup de la confiance de nos lecteurs, si nous étions une entreprise de cosmétiques, nous nous inquiéterions beaucoup de la confiance de nos consommateurs, fournisseurs et de nos employés. C'est un nouveau paradigme, c'est une nouvelle façon de voir les choses, et c'est plus que bienvenu."

LN : Qu'en est-il des clients et des investisseurs ? Sont-ils simplement satisfaits d'un bon produit ou d'un bon rendement? Est-ce qu'ils se soucient de l'éthique?

EL: «Les clients et les investisseurs n'attendent pas mais exigent des entreprises éthique et transparence, et c'est une bonne chose. Vous remarquez probablement que chaque année, les rapports annuels des entreprises sont de plus en plus volumineux. Ce n'est pas parce qu'ils font plus de résultats, mais parce qu'ils ont besoin d'expliquer avec plus de transparence comment ils obtiennent ces mêmes résultats. "

LN : Y-a-t-il des questions éthiques particulières que les entreprises devraient prendre en compte dans les années à venir?

EL : "Je pense que les droits de l'homme sont un sujet de plus en plus important et deviendront une priorité pour les entreprises voir même un sujet plus important que la corruption. La corruption est un sujet capital, mais le respect des droits de l'homme est crucial. C'est le prochain instrument de changement. L'attention croissante portée sur les droits de l'Homme oblige les organisations à avoir une vision plus large, une vision plus intégrée et à prendre en compte dans une plus large mesure les situations locales de leurs opérations".

LN : La vision du One Young World est que les jeunes ont le pouvoir de s'attaquer aux problèmes les plus importants auxquels le monde est confronté - comme la corruption. Pensez-vous que la prochaine génération de chefs d'entreprise sera plus éthique que celle d'aujourd'hui ?

EL: "Je ne pense pas que la nouvelle génération soit plus éthique que la précédente. Mais le niveau de conscience est plus important. Cette nouvelle génération parle plus. Il y a dix ou quinze ans, très peu de candidats à un poste donné posaient des questions sur l'éthique, les valeurs et la culture des organisations. Aujourd'hui, c'est une pratique courante et nous discutons également des questions éthiques avec les candidats potentiels pour s'assurer qu'ils correspondent bien à nos valeurs.


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