[Panama Papers] La FIFA à nouveau sous les feux des projecteurs

"Just when I thought I was out, they pull me back in," Michael Corleone dans Le Parrain

La FIFA est à nouveau plongée dans la tourmente suite aux mentions des médias sur les organisations régissant le football mondial et européen  dans les articles traitant de la fuite Panama Papers la semaine dernière. 

En 2015, la Fifa a subi des graves dommages réputationnels suite à une enquête sur des allégations de corruption d'un grand nombre de ses hauts dirigeants, aboutissant à la démission de son président, Sepp Blatter. En février, avec l'élection de son successeur Gianni Infantino, l'organisation pensait se donner une chance de se sortir du scandale et d'effacer l'ardoise.

Selon les documents divulgués dans la fuite Panama Papers, l'italien-suisse aurait co-signé un contrat de télévision en 2016 avec deux hommes d'affaire, accusés depuis de corruption. Ces hommes, Hugo et Mariano Jinkis, contestent actuellement leur extradition vers les Etats-Unis.

Les procureurs américains établissent que, en tant que propriétaires d'une société offshore nommée Cross Trading, sur l'ile Niue du Pacifique, les Jinkis auraient payé des millions de dollars de pots de vin à des représentants du football d'Amérique du Sud sur de nombreuses années, en échange de droits de télévision sur les tournois régionaux de football. Ils auraient immédiatement vendu ces contrats à la chaine équatorienne Teleamazonas pour un montant trois à quatre fois supérieur au prix qu'ils auraient payé.

Les Dossiers du Panama allèguent que quelques années auparavant, monsieur Infantino, en charge alors des affaires juridiques à l'UEFA,  aurait co-signé un contrat avec Hugo Jinkis. Selon le contrat, Cross Trading aurait payé 111 000 dollars en échange des droits exclusifs de retransmission de la Champions League en Equateur entre 2006 et 2009 et aurait ensuite vendu ces droits à Teleamazonas pour 311 170 dollars.

L'UEFA affirme que l'affaire fut conclue en toute transparence et qu'elle ne pouvait pas savoir à l'époque de la signature du contrat que monsieur Jinkis avait été impliqué dans un scandale 10 ans auparavant.  Monsieur Infantino nie également tout acte répréhensible et encourage toute enquête sur cette affaire. La police suisse a commencé à enquêter sur le scandale et a perquisitionné la semaine dernière le siège de l'UEFA à Nyon pour saisir tous les détails du contrat.

Carton jaune pour le football

Les autorités du football espéraient rester en dehors des ennuis, surtout après une année 2015 forte en accusations, dont celle contre monsieur Blatter, mis en examen par les autorités suisses  suite à un virement de 1,92 millions de dollars fait à Michel Platini en 2011, alors président de l'UEFA. Tous deux nient que les paiements n'étaient pas justifiés, mais le comité d'éthique de la FIFA les a tout de même bannis du football pendant les huit prochaines années (peine réduite à six ans après appel).

Bien qu'elles n'aient pas de comptes à rendre à des actionnaires comme le doivent les entreprises, l'UEFA et la FIFA ne doivent pas minimiser leurs efforts et engagements à lutter contre la corruption. Un sondage réalisé par Transparency International et Forza Football en février dernier a montré que 69% des fans n'ont pas confiance dans la FIFA. Encore plus inquiétant, 43% des 25 000 fans interrogés dans 28 pays ont déclaré que ces scandales leur donnaient une image négative du football.

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En ne maintenant pas des normes d'intégrité élevées, l'industrie du sport risque de perdre ses fans, qui contribuent non seulement à l'atmosphère festive dans les stades, mais aussi au financement de l'industrie professionnelle du sport.

Offshore : un match qui se joue à l'extérieur

L'UEFA, comme des nombreuses institutions, individus et entreprises, est impliquée dans l'affaire Panama Papers, soit une fuite de  11,5 millions de documents provenant des dossiers du cabinet financier offshore, Mossack Fonseca.

Le scandale reflète la pratique de création de sociétés fictives dans des paradis fiscaux étrangers, en cachant les véritables propriétaires de ces organisations derrière des prête-noms. Selon combien paie un client, plus d'une juridiction secrète et d'une société anonyme peuvent être impliquées. Cross Trading, la société offshore appartenant aux Jinkis, est un exemple type de la façon dont ces sociétés auraient été utilisées pour cacher les véritables propriétaires des actifs d'une entreprise.

Les documents divulgués suggèrent que Mossack Fonseca aurait approvisionné des sociétés offshore anonymes avec des « faux » administrateurs : des prête-noms permettant aux véritables propriétaires des organisations d'opérer dans le secret absolu. Cela peut compliquer le travail des enquêteurs d'identifier les véritables bénéficiaires des revenus d'une entreprise.

Bien que selon les pays, les règles de propriété véritable d'actifs diffèrent, les membres du G20 se sont engagés en 2014 à travailler ensemble afin de mettre en œuvre des principes plus sévères en matière de transparence sur la propriété effective.

Avec des enquêtes en cours dans de nombreux pays du G20 en relation à la fuite Panama Papers, l'efficacité de ces principes sera vérifiée dans les prochains mois.


Pour aller plus loin : 

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