La face cachée du Sport et des JO : "Citius, Altius, Fortius" ?

Sport - rétrospective des scandales - recommandations

Les Jeux de Rio se sont ouverts il y a plus d'une semaine et il est fort probable qu'ils font faire la Une des principaux médias jusqu'à la cérémonie de clôture le 21 août prochain (voir notre live tracker pour un suivi en temps réel). Sans surprise, les plus grandes marques investissent cet événement pour valoriser leurs logos, dans les stades, sur les équipements des athlètes ou sur nos écrans de télévision. Car comme on le sait tous, c'est un événement qui génère une audience phénoménale. De fait en 2012, on estime que plus de 3,6 milliards de téléspectateurs ont regardé les jeux. Mais pour autant, ce succès n'est pas exempt de tout risque pour les sponsors ; au-dessus des JO comme d'autres grandes compétitions sportives, planent de nombreux soupçons de corruption.


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Quels risques pour les sponsors ?

Les plus grandes marques mondiales comme Coca-Cola, Visa ou encore Samsung, sponsorisent les Jeux Olympiques de Rio. Des investissements colossaux sont effectués par ces sociétés pour fidéliser leurs clientèles ou valoriser des traits d'image et bien sûr augmenter leurs ventes. Pour autant des retombées médiatiques négatives – soupçons de corruption, de fraude, de pots de vin - peuvent nuire à leurs investissements. Il est donc primordial pour ces marques de bien étudier ces risques et de délimiter le périmètre de leur investissement. 

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Corruption à l'échelle Olympique

Les sommes d'argent investies dans les Jeux Olympiques sont colossales et donc propices à la corruption et ceci à différents niveaux. Des malversations peuvent avoir lieu lors du dépôt des candidatures, de l'attribution des contrats de construction ou encore pendant l'événement ; des entreprises profitant de leurs accréditations pour corrompre des clients.

Dépôt des candidatures

Le processus de choix du pays hôte des Jeux Olympiques a de nombreuses fois fait l'objet de soupçons de corruption. Après l'attribution des JO d'hiver 2002 à Salt Lake City, plusieurs membres du Comité Olympique ont été exclus pour avoir prétendument accepté des pots de vin en échange de leur vote en faveur de la ville de l'état de l'Utah. En ce moment même, les autorités françaises et singapouriennes enquêtent sur des versements suspects d'au moins 2 millions de dollars sur un compte bancaire secret, qui aurait permis à Tokyo de sécuriser sa candidature aux Jeux Olympiques de 2020. Le comité olympique japonais assure de son côté que ces versements sont légitimes et, le Premier ministre de son côté a promis de coopérer pleinement avec les enquêteurs français.

Appels d'offres

Les Jeux de 2016 ne sont pas non plus exempts de soupçons : des allégations de corruption dans l'attribution des offres pour construire des stades et des infrastructures à Rio commencent à circuler. Reuters rapporte ainsi que les autorités brésiliennes enquêtent sur une possible corruption autour des espaces et services d'accueil des JO, y compris ceux financés par les fonds fédéraux. Des documents remis par des dirigeants d'Ode Brecht SA, l'une des plus grande entreprise du bâtiment en Amérique latine, ont déclenché des soupçons. Un versement de 270.000 dollars relié a priori à deux grands projets de construction des JO, est sous les feux des projecteurs. Possible pot de vin ? L'avenir nous le dira. Avec un budget de près de 2 milliards d'Euros pour la construction d'infrastructures « éphémères », la tentation est grande pour certains.

Invitations de clients et de personnes politiquement exposées

La corruption, c'est aussi utiliser des événements comme pots de vin pour influencer des clients potentiels ou des personnes politiquement exposées. BHP Billiton, la plus grande société minière du monde, en a fait les frais. Ils ont payé 25 millions de dollars pour régler des accusations de corruption portées par les organismes de réglementation américains après avoir accueillis des représentants du gouvernement pendant les Jeux olympiques de 2008. Si la loi dans de nombreux pays permet aux entreprises d'inviter des clients pour fournir des informations sur leurs services ou, renforcer des relations, utiliser l'hospitalité comme pot de vin peut être puni légalement. Restez dans les limites du raisonnable, mettez en place les bonnes pratiques de due diligence.

Les allégations de travail forcé et de traite des êtres humains

L'accueil de grandes compétitions internationales comme les Jeux olympiques requiert souvent que le pays hôte lance des travaux de construction à grande échelle et ceci sur une période extrêmement courte. La rapidité d'exécution de ces chantiers, de même que la création de merchandising, comportent, l'actualité l'a montré, des risques de traite des êtres humains et de travail forcé. L'Organisation Internationale du Travail estime que le travail forcé représente chaque année au niveau mondial près de 150 milliards dollars, dont ¼ réalisé dans les secteurs de la construction, de la fabrication, des mines et des services publics. Les habitants de Rio ont affirmé le mois dernier à des journalistes brésiliens que les chantiers pilotés par l'entreprise de construction Cyrela ont été menés dans des conditions proches de l'esclavage. Pour tous les partenaires de JO, il est donc primordial de surveiller l'actualité et ses parties prenantes pour ne pas être associés à quelque niveau de sa chaîne d'approvisionnement à des entreprises impliquées dans des actes de travail forcé et de traite des êtres humains.

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Le dopage : le cas russe

Même la corruption au sein des équipes olympiques peut affecter négativement la réputation des sponsors des Jeux. Il y a près de deux semaines, 118 athlètes russes sur 389, se sont vus interdire les compétitions de Rio, suite à des soupçons de dopage sponsorisé par l'État. Cette décision, et les suspicions que pourraient susciter les victoires des athlètes russes autorisés à participer, pourraient nuire à la réputation de Gazprom, principal sponsor de l'équipe olympique russe depuis 2014. A cette époque, le chef de l'équipe olympique russe déclarait que le partenariat avec Gazprom permettrait à la Russie "d'inviter les meilleurs entraîneurs et experts de classe mondiale" pour former l'équipe russe. Bien qu'il n'y ait aucune indication que Gazprom connaissait le présumé programme de dopage, ce n'est évidemment pas la publicité que l'entreprise espérait de ces Jeux.

Le Brésil sous les feux des projecteurs

Les Jeux Olympiques arrivent à Rio en plein débat sur la corruption. La Présidente Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions suite à des allégations de manipulations des comptes publics, malversations qu'elle nie vigoureusement. La compagnie pétrolière Petrobras est, elle, soupçonnée d'avoir corrompu des représentants du gouvernement pour sécuriser l'obtention de contrats de construction.

Mais n'oublions pas, ces scandales et l'attention internationale amenée par les Jeux olympiques, ne doivent pas réduire les efforts entrepris par le Brésil pour lutter contre la fraude et la corruption. Un rapport publié par le professeur Andy Spalding et l'équipe anti-corruption de l'Université de Richmond souligne ainsi que : "ces scandales sont des preuves évidentes que les nouvelles lois promulguées pour lutter contre la corruption sont en train de porter leurs fruits". La loi de 2014 « Clean Company Act », combat ainsi sévèrement la corruption dans l'attribution des contrats. De fait, les Jeux olympiques pourraient donc être l'occasion pour le Brésil de démontrer son plein engagement à lutter contre la fraude et la corruption.

Une position sur laquelle entreprises et sponsors devraient également s'aligner en veillant à effectuer des contrôles de due diligence strictes avant de soutenir et sponsoriser de futurs événements sportifs. Car, le lien entre sport et corruption peut être brisé, dès lors que toutes les parties prenantes s'engagent à collaborer. Les gouvernements, les organismes sportifs et les entreprises doivent travailler ensemble pour garantir la transparence, mettre en œuvre les politiques adéquates pour veiller à ce que la fraude et la corruption n'aient plus leur place dans le sport. Avec les bonnes directives et une meilleure gouvernance, le sport peut retrouver ses lettres de noblesse et sa réputation de fair-play.


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